Groupe d'enfants devant le chateau (1956)Née d’un besoin et d’une nécessité sociale, son engagement demeure

Histoire

Le 15 octobre 1931 à Rouen, Madeleine LECOEUR, révoltée par les injustices d’enfants privés d’enfance et de devenir, décida de consacrer sa vie et sa fortune pour apporter sécurité et chaleur humaine aux plus déshérités.

L’histoire de l’association Les Nids, se lit, se découvre, comme un cheminement avec des mutations et des adaptations successives.

 

A l’origine une idée révolutionnaire : ne pas séparer les frères et les sœurs

Révoltée dès son plus jeune âge par l’enfance déshéritée, Madeleine Lecoeur, fondatrice de l’association Les Nids, accueillera dès 1931 à son domicile rouennais des enfants privés de père et de mère. S’élevant contre le caractère déshumanisé des orphelinats et plus généralement de l’Assistance Publique, Madeleine Lecoeur s’affranchira des conventions de l’époque et initiera ainsi l’une des valeurs fondamentales de l’association : lutter contre les ruptures qui font violence aux enfants. Il s’agissait ainsi de préserver les frères et sœurs sans attache familiale des séparations et de les accueillir dans un environnement fait de proximité affective, d’amour et de sécurité. Cette orientation forte est inscrite dans l’article premier des statuts de l’association Les Nids :
« l’Association dite Les Nids, déclarée en 1936, a pour but, dans le cadre de la législation sanitaire, sociale et médico sociale […] de mener toutes actions […] en s’efforçant, dans la mesure du possible, de ne pas séparer les frères et sœurs »1

Cette volonté humaniste, révolutionnaire pour l’époque, est au cœur du projet de l’association. Fondement du slogan fédérateur de l’association Les Nids « Ensemble et comme les autre ». Cette période fut également caractérisée par la déroute née du second conflit mondial qui en 1940 jeta des milliers d’enfants sur les routes. Les enfants accueillis par Les Nids, accompagnés par les adultes, connaîtront des moments difficiles et des anecdotes heureuses, avant de s’installer de façon pérenne au cœur de l’agglomération rouennaise.

1931: Madeleine Lecoeur fonde Les Nids
1936 :  Création de l’Association Les Nids

1 Le 30 Décembre 1996 était promulguée une loi, relative au maintien des liens entre frères et sœurs et rédigée comme suit à l’article 371-5 du Code Civil : « l’enfant ne doit pas être séparé de ses frères et sœurs, sauf si cela n’est pas possible ou si son intérêt commande une autre solution ». Depuis, la loi du 5 mars 2007 réformant la Protection de l’Enfance, s’appuyant sur la précédente disposition, est venue modifier l’article 375-7 du Code Civil : « le lieu d’accueil de l’enfant doit être recherché dans l’intérêt de celui-ci et afin de faciliter […] le maintien de ses liens avec ses frères et sœurs ».

Passage des années caritatives à la reconnaissance publique

L’œuvre de Madeleine Lecoeur connaitra très vite un développement considérable après guerre avec l’essor des foyers familiaux. Alors œuvre d’adoption, l’association Les Nids obtient dès 1946 le soutien du ministère de la population, en quête de réponses face au nombre considérable d’orphelins de guerre et sera pour la première fois habilitée à recevoir un prix de journée. Dépassant le territoire strictement rouennais, l’action de l’association se développe au cours des années 1950 au cœur du Pays de Caux : Doudeville, Bosville, Etoutteville, … sous des formes inédites : ménages de directeur² et encadrement éducatif par des « femmes se donnant à leur tâche » pour reprendre les propos de Mademoiselle Lecoeur.

Tout au long de cette période Madeleine Lecoeur fut épaulée par quelques personnes entièrement dévouées à la cause des enfants, véritables figures emblématiques du patrimoine associatif. Parmi celles-ci, nous pouvons citer Elisabeth Lefournier (Tante Lisbeth), Juliette Lemire (Tante Juliette),  Colette de Logivière (Tante Colette) ou encore Marie-Louise Lorot (Tante Marie-Louise).

1946 :

Habilitation par le Ministère de la Population

Les Nids s’installent au château de Mont-Saint-Aignan (à présent ESC Rouen – Rouen business School)

1954 :  Création des Foyers Familiaux de Doudeville
1958 : Création du Foyer de Bosville et de la Maison d’Etouttevill

2. Cette formulation désignait à l’époque un directeur d’établissement vivant au sein même de l’institution avec son épouse et ses enfants. Il y avait alors une grande proximité entre la sphère privée ou domestique et la sphère professionnelle.

Professionnalisation et restructuration du secteur social

En 1962 Elisabeth Lefournier devient directrice du centre éducatif de Mont Saint Aignan. Se forme alors le premier collège de directeurs et de représentants de services sous l’égide de Madeleine Lecoeur. L’association se structure progressivement en association professionnelle. Dans le même temps, le champ social et médico-social continue à asseoir sa légitimité par la reconnaissance des professions socio-éducatives (naissance des diplômes d’éducateur spécialisé, d’éducateur de jeunes enfants …), par la progression considérable du nombre de structures dans le champ de l’enfance handicapée ou défavorisée ou encore par la promulgation de la loi cadre de 1975 régissant l’ensemble du secteur.

Ce vaste mouvement atteint son apogée au niveau associatif avec les années 1980 : restructurations pour répondre aux obligations légales et conventionnelles accompagnées de profonds changements afin de joindre l’élan humaniste et caritatif à la motivation et la recherche professionnelle.

1961 :  Reconnaissance d’Utilité Publique de l’Association
1967 : Création du Service de Placement Familial
1974 :  Création du Village d’Enfants de Duclair, en partenariat avec l’association pour les villages d’enfants

Evolution du cœur de métier et valorisation de la place des parents
Si la suppléance familiale (maisons d’enfants à caractère social, placement familial) est historiquement le centre de gravité de l’association Les Nids, la seconde moitié du XXème siècle va produire une modification substantielle du paradigme dominant en matière de protection de l’enfance par le passage d’un modèle substitutif  à un modèle supplétif. Cette nouvelle approche trouve son fondement dans l’ordonnance de 1958 relative à la protection civile des mineurs en danger.

Exposé des motifs de l’ordonnance de 1958 :
« Notre droit ne permet pas d’apporter en toute hypothèse à l’enfant en péril un secours prompt et efficace. Dans les cas et les situations non définis par les diverses lois visant la protection des mineurs inadaptés, le Juge n’a d’autre ressource, pour ne pas frapper de déchéance une famille déficiente mais non indigne, que de recourir à l’assistance éducative, sans pouvoir prononcer une mesure de placement qui pourtant se révèle souvent indispensable dans l’intérêt du mineur ».

Il s’agissait là d’un premier pas vers une appréhension moins clivée des mesures possibles à destination des enfants et des familles, permettant aux autorités compétentes de recourir plus aisément à des mesures de protection tout en associant autant que possible le(s) parent(s) au parcours institutionnel de l’enfant.  Véritable révolution culturelle, cette ordonnance a modifié dès sa publication les pratiques associatives, rendant possible, par exemple, l’organisation de droits de visites pour les parents des enfants confiés à l’association. Ce mouvement vers une reconnaissance plus effective de la place des parents dans le parcours de protection de l’enfant ne cessera de s’intensifier au sein des services de l’association. Dans le même élan, à côté des nouvelles pratiques développées dans le champ de la suppléance familiale, l’association se dotera par la suite de services spécifiques en vu d’aider et d’accompagner les familles en dehors d’une mesure de placement.

Ainsi à l’aube des années 1990, avec la reprise d’un service d’actions éducatives dans le milieu naturel de l’enfant, la création de services de soutien de la parentalité … l’association  franchit le premier pas vers des actions préventives d’accompagnement et de soutien des familles et des adultes en difficulté. S’ensuivra le renforcement du pôle « prévention et médiation » par différentes structures à destination du système familial et non seulement de l’enfant (lieux rencontre, lieux de médiation familiale, …). Par ailleurs et pour les mêmes raisons, l’association Les Nids développera par la suite des partenariats féconds avec le secteur de l’insertion des adultes avant de créer de façon pérenne un service spécifique.

L’ensemble de ces changements se traduira également  par le renforcement du siège administratif de l’association et la mise en place de fonctions transversales dans le domaine des ressources humaines et de la logistique administrative.

1983 : Décès de Madeleine Lecoeur
1986 : Création du siège social de l’association Les Nids à Mont-Saint-Aignan
1989 : Création de l’Etablissement Unique
1991 : Reprise de la Maison d’Enfants du Havre
Construction du site de la Maison d’Enfants de Mont-Saint-Aignan
Ouverture de la Maison d’enfants de Montville
1993 : Reprise du SEP, service d’AEMO et d’Enquêtes Sociales
1994 : Inauguration de la Maison d’enfants de Longueville sur Scie
Ouverture d’un Lieu Rencontre à Rouen, en partenariat avec l’association Harpe
1995 :    Ouverture d’un lieu rencontre au Havre, en partenariat avec l’association Etape
1996 :

Reprise du CHRS pour adultes La Clarté à Alençon
Ouverture de l’Accueil Accompagné Parents Enfants (AAEP) à Doudeville

1997 : Ouverture d’un Point Ecoute jeunes 10/25 ans à Rouen
Création d’une Unité d’Education à Encadrement Renforcé, en partenariat avec l’Association de Thiétreville
1998 : Construction et ouverture d’un pôle adolescent à Yvetot
2000 : Ouverture d’un Espace Parents à Rouen
Ouverture des services IED et VA à Doudeville

Diversification des dispositifs et organisation territoriale

L’association Les Nids, au cours des soixante premières années de son existence a développé une expertise mais également un regard particulier dans le domaine de l’enfance maltraitée, en danger ou en risque de danger. Cette histoire a permis à l’association de s’imposer comme acteur légitime et militant dans le champ éducatif et, plus largement, dans le domaine de l’enfance. C’est pourquoi, au cours des années 2000, l’association a souhaité diversifier son approche des problématiques liées à l’enfance en développant deux nouveaux pôles de compétences et de services à côté des missions alors inscrites dans le périmètre des Nids (suppléance familiale, prévention-médiation et insertion).

Ainsi, au début de la décennie, par la reprise d’un premier Institut de Rééducation (IR, devenu depuis ITEP, Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique) comme par la création d’un des premiers Centres Educatifs Fermés (CEF) de France, l’association Les Nids a fait le choix de mettre sa connaissance et sa philosophie du champ éducatif au service de nouvelles missions ayant trait au champ médico-social ainsi qu’à la justice des mineurs. Le présupposé de ce mouvement de « diversification » étant que l’association Les Nids avait développé, par ses valeurs et son humanisme, une façon d’approcher les problématiques familiales et de la jeunesse lui permettant une approche plus globale du secteur de l’enfance dite « inadaptée ». L’ambition de l’association Les Nids fut alors, notamment dans le champ de la justice pénale des mineurs, de garantir que le volet éducatif comme le versant pédagogique soient pleinement présents dans la prise en charge des jeunes accompagnés. Ce mouvement de diversification continuera sa marche jusqu’à la fin des années 2000.

Parallèlement à l’extension de son champ d’action, le développement de l’association a également induit une autre captation des préoccupations sociales territoriales en Haute et Basse Normandie : déploiement vers deux nouveaux départements (Eure et Orne) et redimensionnement de l’association sur les territoires havrais et dieppois. En effet, la sollicitation des pouvoirs publics pour que l’association « Les Nids »  étende ses services, notamment sur le territoire havrais, a permis l’intégration d’autres cultures et d’autres professionnalités, notamment par le prisme de la prévention spécialisée, déterminant de nouvelles façons de regarder les mécanismes sociaux,  l’espace de vie et les modes de sociabilité de la jeunesse et plus largement des habitants d’un territoire.

Loin d’être une simple recherche de rayonnement géographique cette extension du périmètre territorial a permis l’introduction de nouvelles logiques d’action au cœur même de l’association (enrichissement des pratiques, développement de nouveaux réseaux) et un positionnement plus fort auprès des autorités administratives et des élus locaux. La finalité de ce nouveau paysage associatif a alors été et demeure toujours aujourd’hui d’occuper un espace stratégique et politique conséquent au service du bien-être et de l’autonomie des publics que l’association accompagne.

2001 :   Création d’un Service AEMO dans l’Eure (ASEF)
2002 : Reprise d’un Institut de Rééducation à Carsix
2003 : Création d’un Centre Educatif Fermé (CEF) pour garçons à St Denis le Thiboult
2004 : Création d’un Service d’Accompagnement Familial (SAF) à Doudeville
2005 : Reprise de l’AHEAD au Havre (DASEC : Dispositif d’Action Socio Educative Colleu ; CEH : Centre Educatif Havrais), BSPS : Prévention Spécialisée

Des missions d’utilité publique, au service de l’enfant et de la famille 
L’association Les Nids doit prendre en compte les mutations profondes annonciatrices de la société de demain : mutations sociales, économiques, politiques, qui bouleversent la structure familiale. Ce faisant, elle favorise et initie toutes formes de «veille » s’affirmant en tant qu’actrice plus encore que témoin. A ce titre, elle s’inscrit largement dans l’ensemble des instances permettant de faire valoir le point de vue associatif sur des questions relatives à son champ d’action et à ses valeurs.

2007 :  Création d’un Centre Educatif Fermé (CEF) pour filles à Doudeville
2008 : Convention de partenariat et délégation de gestion Les Nids/AAEP de Dieppe, service AEMO et insertion
Ouverture du pôle petite enfance à Yvetôt
Reprise de l’Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique (ITEP) du Logis Ste Claire à Darnétal
2009 : Création du fonds de dotation MECENIDS
2010 : Ouverture du Lieu Rencontre à l’AEP de Dieppe
2011 : Fermeture du CHRS pour adultes d’Alençon
Ouverture de l’Espace Audition de l’enfant à l’AEP de Dieppe
2012 : Ouverture de l’Espace Audition de l’enfant au Centre Educatif Havrais (CEH)

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