Témoignage d’enfants accueillis en famille d’accueil.

 

Ma vie en famille d’accueil

 

En avril dernier, nous sommes allés à la rencontre de cinq enfants accueillis au sein du Service de Placement Familial des Nids dans le but de recueillir leur témoignage sur ce qu’est, pour eux, une famille d’accueil. Ces entretiens ont eu lieu au service, un mercredi, à l’occasion des visites familles. Nous avons ainsi rencontré 5 jeunes, âgés de 11 ans à 14 ans* : Thomas 14 ans, Pierre 13 ans, Jessica et Baptiste, 11 ans et 13 ans, frères et sœur de Thomas, accueillis tous les deux dans une famille différente de celle de leur frère et Nicolas, aîné d’une grande fratrie, accueilli avec une de ses sœurs.
Les paroles qui suivent sont les leurs, ce sont leurs mots pour dire leur histoire. Les entretiens ont été réalisés en trois temps, afin de faciliter la parole de chacun d’eux.

 

Pouvez-vous nous dire pourquoi vous êtes en famille d’accueil ?

Thomas : Moi je dois rester un an en famille d’accueil. Si cela se passe bien. Avant j’étais chez ma mère et après chez mon père. Après le placement, c’est le juge qui décidera si je retourne chez mon père ou ma mère. Mais je suis en famille d’accueil parce que j’étais avec mon père et un jour je suis allé au juge car mon frère et ma sœur avaient dit que mon père avait fait des choses. Du coup je suis en famille d’accueil à cause d’eux. Je suis en famille d’accueil pour rien, j’ai rien fait moi en fait.
Pierre : Avant j’étais chez ma maman, seul, car mon père m’a abandonné quand j’avais 3 ans. Ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons que l’on est en famille d’accueil. Moi, c’est parce qu’avec ma mère ça n’allait plus. Puis j’ai fait des bêtises à l’école. Après, dès que les parents ils en ont marre des bêtises, ils préviennent l’association Les Nids et après on se rencontre à Rouen, puis on rencontre la famille d’accueil, on y passe une journée et il y a quelqu’un qui vient nous aider à déménager.
Jessica et Baptiste : On est en famille d’accueil parce que nos parents ils ont des problèmes et le juge il dit à nos parents des choses pour qu’ils aillent mieux, comme par exemple aller chez le médecin, pour qu’ils nous récupèrent après.
Nicolas  : Suite à des … à une mal éducation des parents.

 

Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce que représente pour vous une famille d’accueil ?

Pierre : Pour moi une famille d’accueil c’est plus là pour venir t’aider, pour te conseiller et aussi plein de trucs, faire des sorties. Un peu comme si c’était tes parents mais plus présents pour toi. Enfin, … pour moi ils sont plus présents que ma mère.
Jessica et Baptiste : C’est une famille qui nous éduque, qui nous apprend l’éducation quand nos parents ils nous ont pas éduqué. Ils nous aident en attendant que nos parents aillent mieux. 
Nicolas : C’est à peu près comme une famille normale sauf que ce n’est pas nos parents d’origine. C’est une maman même si ce n’est pas la mère maternelle, on a de l’affection, elle nous élève, elle n’a pas que le rôle de famille d’accueil. Ma maman d’accueil, elle nous élève comme elle élève ses fils, elle ne fait pas de différence.

 

Vous les appelez comment les membres de votre famille d’accueil ?

Pierre : Tonton, tata ou par leur prénom 
Thomas : Moi c’est par son prénom
Jessica et Baptiste : On les appelle par leur prénom
Nicolas  : Par son surnom, comme tout le monde l’appelle

 

1Les prénoms ont été modifiés

Qui habite avec vous, dans votre famille d’accueil ?

Pierre : Il y a d’autres enfants, on est quatre. On ne s’entend pas trop, enfin ça dépend.
Thomas : Il y a 1 grand qui à 16 ans et un autre qui a 15 ans. Je m’entends bien avec eux.
Jessica et Baptiste : Il y a deux autres enfants, ils sont là depuis 9 ans et la petite fille considère la famille d’accueil comme ses parents. Elle voyait son père mais pas sa mère. Ils sont aussi frère et sœur. Nous on a un grand frère mais il n’est pas dans la même famille. Mais on est contents d’être tous les deux car je ne voulais pas être toute seule et puis d’avoir mon frère à mes côtés, on fait plein de trucs ensemble. On est quatre enfants plus les 2 enfants de la famille d’accueil mais eux ils sont plus grands.
Nicolas : Il y a ma sœur avec moi et les deux enfants de la famille d’accueil. Je m’entends bien avec les enfants de la famille d’accueil. Après, c’est comme tout enfant, on se chamaille. Le mari, je le considère comme mon père, c’est comme si c’était ma famille. Les enfants de la famille, déjà ils nous accueillent sans …. Ils ont une réaction naturelle donc c’est bien. Parce que dans tout ça, ils prêtent quand même leur maman.

 

 

Vous diriez que votre famille d’accueil vous apporte quoi, avant tout ?

Pierre : Elle est là pour nous quand on en a besoin mais moi je n’en ai pas besoin.
Jessica et Baptiste : Elle peut nous éduquer, pour faire des choses qu’on ne faisait pas chez nous, comme ça quand on retournera chez nos parents, on pourra le faire.
Nicolas : Ça peut nous aider, c’est comme une maman, ça ne prend pas le rôle mais ça joue le rôle.

 

A quels moments voyez-vous vos frères et soeurs, vos parents, etc. ?

Thomas : Je vois mes frères et sœurs quand ont fait des sorties médiatisées avec papa. Mais moi je dis que ça ne sert à rien. Eux ils sont aussi en famille d’accueil.
Jessica et Baptiste : On a des visites un mercredi sur deux et depuis quelques temps, les AAPE1. Cela vient de se faire, on en a eu un le mois dernier et un ce week-end. C’est pour voir si cela se passe bien, on parle, on mange ensemble, on va se promener. Les AAPE, c’est bien comme ça on voit papa et on peut profiter ensemble. On voit notre frère un week-end par mois pendant les AAPE et un mercredi sur deux. On voit papa et maman mais pas en même temps, un week-end sur deux. Pour maman, on ne la voit pas ensemble, papa oui mais pas maman.
Pierre : Je vois ma maman un week-end sur deux, je dors chez elle et le lendemain, je repars.
Nicolas : Je vois ma mère quand on fait une visite au service, le mercredi, à ce moment-là, je retrouve mes autres frères et sœurs. Parfois, je fais des visites au domicile. Aussi, on organise des visites et des repas fratrie dans une des familles d’accueil et on alterne à chaque fois. Quand j’ai une visite qui se passe moins bien, je me confie à ma mère d’accueil, mais à mes frères d’accueil, je leur dis si ça va ou pas mais je ne vais pas plus loin, parce que normalement ils n’avaient pas à entendre tout ça.

 

Nicolas, qu’est-ce que tu dis à tes amis sur ton placement en famille d’accueil ?

Je le dis qu’au bout d’un certain temps à mes camarades de classe, quand je sens que je peux leur faire confiance. Sinon je ne le dis pas, je dis que c’est mes parents, comme ça il n’y a pas de gens qui posent des questions.

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